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Pas de supérieur hiérarchique à l’école !

Pas de statut mais des moyens !

vendredi 18 janvier 2019


Entrer en résistance ! Une nécessité


Les annonces faites dans différents rapports, les expérimentations menées dans toute la France, dont une dans le département de la Drôme intitulée "bien vivre l’école du socle", la logique du pilotage par les résultats avec la mise en œuvre d’évaluations nationales standardisées, ... sont autant de signaux qui doivent nous faire réagir pendant qu’il est encore temps.

Pour vous en convaincre, vous pouvez prendre connaissance de ce qui vous attend dans la seconde partie de cet article. Pour ceux qui sont déjà convaincus et/ou qui ont déjà participé au stage syndical du SNUipp-FSU 26 vendredi 11 janvier 2019, n’attendez pas d’être devant le fait accompli pour exprimer votre opposition à l’instauration d’un statut hiérarchique et la restructuration de l’école publique, notamment en une annexe du collège.

  • Le SNUipp-FSU agit au niveau national au travers de courriers envoyés à la principale fédération de parents d’élèves FCPE, aux Associations des Maires de France et au Ministre de l’Éducation Nationale.

Lire le courrier adressé à la FCPE

Lire les courriers adressés aux Associations des Maires de France

  • Le SNUipp-FSU n’est pas le seul syndicat à défendre cette position. Le SNUDI-FO, la CGT-UNSEN et SUD-éducation portent eux aussi des revendications claires à ce sujet. Pour preuve, un texte commun a été adopté, il s’intitule "Pas de supérieur hiérarchique à l’école".

Lire le texte commun

  • Établissements Publics des Savoirs Fondamentaux. La FSU, la FCPE, l’UNSA et la CFDT écrivent un courrier commun aux députés pour leur demander de retirer l’article 6 quater (nouveau) du projet de loi sur la confiance.

Lire le courrier commun

En savoir plus sur le projet d’EPSF

  • Mais au delà des organisations syndicales nationales, il nous faut agir plus localement et faire tout de suite comprendre au Ministre que nous ne nous laisserons pas faire. Pour cela, le SNUipp-FSU 26 vous propose d’adopter une motion, en conseil d’école et/ou des maîtres selon le modèle ci-dessous (modèle national) à modifier à votre convenance selon la volonté de l’équipe de mettre en avant un aspect revendicatif plutôt qu’un autre. Une augmentation du temps de décharge, une baisse de la charge administrative, une aide pérenne à la direction d’école, une revalorisation salariale, ... tout sauf un statut en fait.

Lire le modèle de motion


L’identité du premier degré déjà remis en question


Une communication publiée le 15 novembre 2018 sur le site du gouvernement annonce que le ministre de l’Éducation nationale va engager une transformation du statut des directrices et directeurs d’école à compter de janvier 2019. Au-delà de la question de ce nouveau statut, c’est la réorganisation structurelle de l’École qui est en jeu et l’identité du 1er degré.

- Ces annonces s’inscrivent dans la lignée des préconisations de nombreux rapports publiés récemment :

  • OCDE (Regards sur l’éducation 2018) : « Le champ d’action laissé aux directeurs d’école primaire est particulièrement restreint en France, non seulement par rapport aux autres pays de l’OCDE, mais aussi par comparaison avec les directeurs de collège. Il sera impératif de conforter le statut et le rôle des directeurs d’école et des enseignants pour favoriser la réussite scolaire de tous les élèves ».
  • Cour des comptes (Rapport 2017) : « Dans le premier degré, associer les directeurs d’école à l’évaluation des enseignants par l’IEN ; donner aux directeurs d’école et aux chefs d’établissement la responsabilité, dans certaines limites, de moduler la répartition annuelle des heures de service devant la classe en fonction des postes occupés et des besoins des élèves ».
  • Rapport IGAENR (sur l’école rurale 2018) : « Adapter les conditions d’exercice des corps d’encadrement (IEN, principaux de collèges) en zone rurale et adapter le statut des directeurs d’écoles dans les territoires de faible densité ». Ce rapport préconise des rapprochements écoles-collèges pour les « territoires ruraux éloignés » créant des écoles du socle.
  • Rapport parlementaire Bazin-Rilhac (2018) : Le rapport suggère que le collège soit « à la tête d’un réseau rassemblant les écoles du secteur, les directeurs de ces écoles étant les directeurs adjoints du principal ». Parallèlement, il propose de supprimer les écoles maternelles et élémentaires pour ne garder que des écoles primaires.

- Des écoles en pleine restructuration

En janvier 2018, Jean-Michel Blanquer avait déjà évoqué la création d’une “école du socle”. Derrière ce terme, c’est la continuité entre école primaire et collège qui est visée. Le but : favoriser l’apprentissage et la maîtrise du socle commun de connaissances par les élèves. “Parmi les pistes possibles figure l’articulation entre le collège et l’école en matière administrative, pour donner plus de robustesse administrative à l’école primaire”. Le ministre avait également annoncé des expérimentations possibles autour d’une « école du socle » incluant école et collège. Les solutions ne seraient « pas uniformes ni plaquées de la même manière sur tout le territoire ».

Un an plus tard, c’est donc bien une expérimentation qui se profile dans la Drôme, dans la secteur du Diois. Preuve s’il en faut que la restructuration de l’école est bien à l’œuvre aujourd’hui et pas demain puisque sa mise en place est prévue pour la rentrée 2019.
Au niveau national, cette logique de réorganisation structurelle du 1er degré se traduit déjà, à chaque carte scolaire, par des regroupements pédagogiques et des fusions d’écoles (mise en réseau des écoles particulièrement dans le rural mais pas seulement).

Chaque année, le nombre de fermetures d’école est croissant. Plus de 6000 écoles ont été fermées depuis une quinzaine d’année. De la même manière des expérimentations de rapprochement des classes de CM1-CM2 au plus près du collège se multiplient sans que les équipes enseignantes aient été réellement concertées.

La création d’écoles du socle, de cités éducatives ou pôles scolaires pour scolariser des élèves de la maternelle au collège sur le même site est une étape déjà franchie dans certains départements.

Cette réorganisation territoriale de l’École génèrera un vrai risque de perte de l’identité du 1er degré : disparition de la spécificité de l’école maternelle dans des écoles primaires, absorption de l’école primaire dans la structure du collège. La réorganisation du 1er degré sur le modèle hiérarchique du secondaire fragilisera le métier et cassera le collectif de travail.

- Le directeur = un pilote de la politique ministérielle ?

Les objectifs affichés du ministre :

  • Arriver à un changement du statut de directeur d’école pour favoriser, mieux articuler, les liens entre primaire et collège.
  • Rapprocher les directeurs d’école des chefs d’établissement du second degré.
  • Favoriser l’apprentissage et la maitrise du socle commun de connaissances par les élèves.

Ce changement serait inscrit dans le projet de loi prévu début 2019 ou dans un texte réglementaire dans le cadre de l’agenda social.

Pour le SNUipp-FSU, évaluations et performances fondent la politique ministérielle. Le ministère aurait donc besoin d’un pilote pour la mettre en œuvre et s’assurer de sa bonne application. Dans cette logique, ce pilote doit être au plus près des personnels et pleinement investi d’une autorité pour pouvoir imposer les normes ; des normes qu’il n’aura d’ailleurs pas définies lui-même ; des normes prises en dehors du cadre de travail ; des normes dont on sait, pour certaines, qu’elles ne sont pas réalisables. 

Les directeurs et directrices, ou tout du moins un certain nombre d’entre eux, se verraient confier la mission de porter et mettre en œuvre des dispositifs de contrôle, afin de mesurer, via des indicateurs chiffrés imposés, l’action des uns et des autres au sein de l’École.

Cette logique de l’évaluation et de la performance accentuera l’individualisation et éclatera les collectifs de travail. Le fonctionnement quotidien des écoles, les relations professionnelles au sein des équipes et le fonctionnement démocratique du conseil des maîtres seront bouleversés. Les directrices et directeurs verront leur rôle d’animateur d’équipe se transformer en celui d’administrateur et de manager.

La généralisation de l’évaluation (élèves, personnels, écoles) est ici centrale car elle a pour visée de déterminer à terme, à l’échelle d’une nouvelle organisation des écoles, l’attribution des moyens. JM-Blanquer ne dit pas autre chose ; il a d’ores et déjà, pour l’éducation prioritaire, présenté un changement de paradigme en soutenant « la réussite des établissements » et non plus « le soutien à la difficulté ».

- Des missions territoriales ?

Le rapport parlementaire Rilhac-Bazin a suggéré de confier une partie des tâches administratives des directeurs d’école au service des affaires scolaires des communes. Il propose aussi que les directeurs-directrices puissent exercer des responsabilités municipales comme être responsable du périscolaire.

Le ministre dit avoir engagé des discussions avec les collectivités locales
 : « Nous discutons avec les collectivités locales pour arriver à un changement du statut de directeur d’école ». Cette annonce laisse « perplexe » l’Association des Maires de France (AMF), « Il n’y a pas de travaux en cours concernant les directeurs d’école ». Cependant « On est très demandeurs d’un statut de directeur d’école parfaitement identifié, autonome sans doute, avec un vrai dialogue avec les collectivités locales. Mais cela relève de la responsabilité de l’Éducation nationale. »

Pour le SNUipp-FSU, il ne peut y avoir de confusion entre ce qui relève du cadre de la fonction publique d’État et ce qui relève des collectivités territoriales. Il y a un danger de municipalisation de l’École. A l’opposé, le SNUipp-FSU revendique une clarification des missions et du respect des cadres d’intervention des différents partenaires de l’école.

Par ailleurs, le regroupement des écoles vers les bassins de collège marque un éloignement des services publics de proximité et engendrera des problématiques de mobilité pour les élèves et leur famille. Pour la plupart des maires, le lien étroit avec les directrices et directeurs reste indispensable. La réorganisation de l’École avec un directeur rattaché au principal de collège nuira à ce partenariat.

- Une réponse aux attentes des directrices et directeurs ?

Ce statut ne répondra pas à un légitime besoin de reconnaissance, il ne favorisera pas une plus grande autonomie dans la gestion de l’école. Bien au contraire, les directeurs et directrices devront mettre en place des outils et procédures qui viendront s’interposer entre eux et leur équipe enseignante. Cette division ne permettra ni aux uns ni aux autres de remplir leurs missions dans des conditions satisfaisantes. Tout comme le sont aujourd’hui les chefs d’établissements du second degré, les directeurs et directrices seront donc étroitement encadrés et leurs pratiques progressivement normalisées via des contrats d’objectifs et des batteries d’indicateurs jugés par l’institution comme « indispensables, « nécessaires » ou « utiles ».

Le déroulement de carrière et de rémunération sera forcément associé au « mérite ». La logique concurrentielle entre écoles mettra aussi les collègues sous tension. Dans un cadre qui s’avérera vite très contraint, le discours de l’institution renverra les directeurs et directrices à leurs nouvelles responsabilités, plus lourdes au final, en leur disant : « Vous êtes désormais comptables des résultats des élèves, garant de la qualité des enseignements et des performances du système éducatif ».

Un statut pour les directeurs et directrices n’est pas sans poser de nombreuses questions en termes de gestion des personnels d’autant qu’il est fort peu probable qu’il concerne tous les actuels directeurs et directrices. Ceux directement rattachés aux principaux des collèges dans le cadre des écoles du socle ou/et ceux dans les écoles de taille importante (plus de 10 classes ?) se verraient confier des missions d’autorité, de futurs adjoints du chef d’établissement. Recrutement par concours ou poste à profil ? Si par concours comme le préconise le rapport Rilhac-Bazin, on créerait un nouveau corps avec tout ce qu’il implique (affectation, mutation, avancement…), potentiellement ouvert à des non-enseignants. Quel rôle, quelles missions pour tous les directeurs-trices en postes actuellement qui n’intègreraient pas ce nouveau corps ou qui ne bénéficieraient pas de nouveau statut ?

- Le SNUipp-FSU porte deux axes revendicatifs :

  • Répondre aux préoccupations des directeurs et directrices en avançant des revendications réellement porteuses d’améliorations des conditions de travail pour ces collègues (augmentation du temps de décharge, formation, aide au fonctionnement de l’école…).
  • Dénoncer le statut comme un outil au service de la réorganisation territoriale des structures de l’Éducation Nationale et du Nouveau Management Public.
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