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De 10 milliards à 14.25€ par mois…

Ou comment balader les enseignants !

dimanche 9 février 2020

Présentée comme « historique » par M. Blanquer, la revalorisation ne sera finalement qu’un mince ruisseau. C’est ce qui ressort des documents ministériels remis le 7 février aux organisations syndicales. Des 10 milliards promis par le gouvernement, on passe à seulement 500 millions sur le budget 2021. Une seconde réduction s’opère par les choix ministériels. Les scénarios avancés représentent environ 200 millions seulement. Le reste ne sera donné qu’aux enseignants qui accepteront les tâches supplémentaires désignées par le ministre. Pour le premier degré, ce serait la formation d’une semaine durant les congés scolaires.

Passer de 10 milliards à 200 millions, il n’y a qu’un alambic ministériel pour arriver à une telle distillation. Au final les enseignants n’auront que le parfum de la revalorisation. Les documents remis le 7 février par le ministère aux organisations syndicales avancent 4 scénarios de revalorisation. Celle-ci prendrait la forme d’une prime d’attractivité et ne sera mis en place pas avant 2021. Il n’est pas question de réviser les grilles salariales ou encore d’augmenter le point Fonction publique, solution qui impliquerait tous les fonctionnaires.

- Le premier scénario prévoit de verser une prime aux échelons 2 à 5 allant de 157 à 64 € nets par mois de façon dégressive de l’échelon 2 au 5ème. Cela toucherait seulement 14% des enseignants. Au-delà de l’échelon 5, il n’y aurait rien.

- Le scénario 2, prévoit d’attribuer la prime aux échelons 2 à 6, soit 23% des enseignants, en diminuant son montant. On passerait de 128 à 49.80€ nets par mois.

- Le scénario 3 envisage de verser la prime de l’échelon 2 au 8ème échelon en faisant passer son montant de 114€ (échelon 2) à 14.25€ (échelon 8). Cela toucherait 44% des enseignants.

- Enfin le scénario 4 concerne 76% des enseignants mais toujours dans la même enveloppe budgétaire. La revalorisation concernerait tous les enseignants de la classe normale (76% des enseignants) avec une prime allant de 92€ nets par mois à l’échelon 2 à 14.25€ par mois pour les échelons 8 à 11.

Au total, chaque scénario représente environ 200 millions d’euros seulement.

Ce qui est certain c’est que la majorité de la revalorisation promise sera conditionnée à l’acceptation par des enseignants de contreparties. Là-dessus JM Blanquer applique les consignes données par le président de la République et renouvelées par le 1er ministre. Le ministère propose aux enseignants d’augmenter leurs revenus en acceptant des tâches nouvelles. Pour le premier degré, l’hypothèse du travail pendant une semaine de vacances scolaire se profile.

Détail de cet article sur le Café Pédagogique


Ce qu’en dit la FSU


À l’occasion du 4e atelier de discussion du chantier de réforme des retraites, le ministère a présenté plusieurs mesures financées par la première enveloppe de 500 millions d’euros actée pour le PLF de 2021 et portant presque uniquement sur l’indemnitaire :

- Plusieurs scenarii de mise en œuvre d’une prime d’attractivité dégressive d’un montant variable selon le nombre de collègues concerné.es (voir détail ci-dessus) ;
- Une amélioration des conditions d’accès à la hors-classe et à la classe exceptionnelle (aucune chiffrage à ce jour) ;
- Le renforcement du dispositif de formation pendant les vacances scolaires (le décret est déjà sorti, le Président et le 1er ministre en ont déjà parlé) ;
- Le renforcement du dispositif de remplacement de courte durée dans le second degré (cette mesure ne concernerait pas les PE).

Ces mesures ne permettent pas de prendre en compte l’investissement de tous les collègues et ne répondent pas au déclassement salarial. Il est inacceptable que le ministère puisse concevoir la résolution de questions essentielles comme la revalorisation, le déroulement de carrière, le remplacement ou la formation continue à l’aune d’une enveloppe de 500 millions qui serait à « multi usages ».

La FSU a opposé une fin de non-recevoir aux deux dernières mesures, fondées sur des contreparties indemnitaires, mesures qui renforceront encore les inégalités salariales entre les femmes et les hommes.

En liant la question salariale à celle de l’instauration d’un régime de retraite par points, le ministre continue de balader les enseignant.es avec ses promesses de revalorisation. Il est plus qu’urgent que des discussions s’ouvrent vraiment sur la question de la revalorisation et que celle-ci soit traitée sérieusement et complètement, en programmant dès maintenant un budget suffisant.

La FSU revendique des mesures générales reconnaissant effectivement les qualifications et l’investissement de tous les personnels, des mesures qui s’appuient sur tous les leviers qui permettent d’améliorer les carrières : revalorisation des grilles de tous les métiers, amélioration des taux de promotion pour parvenir à des carrières fluides permettant à tous les personnels d’atteindre les échelons terminaux de leur corps, requalifications massives des filières administrative et technique…

Les Lilas, le 07 février 2020


Ce qu’en dit le SNUipp


Le projet d’utilisation des 500 millions d’euros affectés dans la loi de finance en 2021 a été dévoilé vendredi par le ministère terminant une première phase de concertation sur la revalorisation des enseignantes et des enseignants. Des propositions pas à la hauteur et non sans contreparties.

Dans le cadre d’une réforme des retraites qui ferait perdre plus de 600 euros de pension mensuelle moyenne aux générations nées après 1975, les propositions du ministère pour 2021 se situent dans le cadre étriqué d’une somme globale de 500 millions pour plus de 900 000 personnels concernés… 4 scénarios ont été dévoilées et mettraient en place une « prime d’attractivité du métier » dégressive avec l’ancienneté dans la carrière. Son montant serait variable en fonction du nombre de personnels concernés, la volonté du ministère étant de valoriser en premier lieu les débuts de carrière. Le premier scénario ne toucherait que les 9 premières années de carrière (14 % des enseignants) ; le deuxième les 12 premières années (23 % des enseignants) ; le troisième les 18 premières années (44 % des enseignants) ; le quatrième toute la classe normale (76 % des enseignants). Dans ce dernier scénario par exemple, l’indemnité se monterait à un peu plus de 90 euros nets mensuels en début de grille à moins de 15 euros en fin de grille.

Cette revalorisation se ferait sous forme de primes indemnitaire pour toutes et tous et perdureraient au-delà de 2021. Par ailleurs le ministère s’est également engagé sur l’amélioration des conditions d’accès à la Hors-classe et à la classe exceptionnelle.

Enfin deux autres mesures seraient financées sur cette même enveloppe de 500 millions : des temps de formation continue rémunérés pendant les vacances ainsi que le développement des heures supplémentaires effectives (HSE) dans le second degré. Autant dire la mise en place d’un « travailler plus pour gagner plus », alors même que la revalorisation devrait entièrement porter sur la reconnaissance de la réalité du travail visible comme invisible qui n’est plus à démontrer dans la profession.

Une bien maigre revalorisation

Même si cette première concrétisation est à mettre complètement à l’actif des mobilisations enseignantes depuis le 5 décembre dernier, elle reste d’une part complètement corrélée à la question des retraites et surtout ne correspond pas à la hauteur du déclassement salarial que subissent les enseignantes et les enseignants français. Ainsi en ne s’engageant que sur une première enveloppe de 500 millions et sur une loi de programmation pluriannuelle sur 5 ans débordant la mandature actuelle et avec, a priori, 500 millions supplémentaires chaque année, le ministère n’affiche même plus l’objectif des 10 milliards qui avait pourtant été annoncé plusieurs fois face caméra. On est loin pour l’instant de la mise en œuvre d’une véritable loi de programmation pluriannuelle ambitieuse permettant de revaloriser très rapidement l’ensemble de la profession et d’améliorer fortement l’attractivité du métier.

Une revalo en forme de leurre pour modifier le métier ?

Ces annonces sur la revalorisation ont été précédées de trois ateliers de travail au ministère revisitant les missions des personnels enseignants avec l’idée d’évoluer vers une « meilleure gestion des ressources humaines ». S’il est vrai qu’en la matière la marge de progrès est conséquente pour ce ministère-employeur, ses objectifs sont en contradiction avec ce qui fait la culture du métier. « Individualisation des carrières », « développement des postes à profil », « introduction de la direction d’école dans la chaine hiérarchique », autant d’objectifs plus ou moins avoués qui viennent donner une couleur managériale bien éloignée des valeurs de l’école et surtout de ses besoins pour améliorer la réussite de tous les élèves. Développer les collectifs de travail ne peut consister à imposer des pratiques et des fonctionnements, comme peut le laisser à penser la recherche d’un « meilleur pilotage » cher à ce ministre…

Le sujet de la revalorisation du métier enseignant doit être déconnecté du dossier des retraites. Ce métier ne s’exerce pas au mérite. Il mérite tout au contraire une véritable reconnaissance financière pour en améliorer ses conditions d’exercice et d’attractivité et ce sans aucune contrepartie supplémentaire. Il reste encore bien du chemin à faire. Le ministère ne l’entend pas. Le SNUipp-FSU, avec les syndicats de l’éducation de la FSU, va rencontrer les autres organisations syndicales pour envisager avec eux une mobilisation à la mi-mars.

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