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Revalorisation salariale : le compte n’y est pas !

L’éducation coûterait toujours trop cher

jeudi 15 octobre 2020

La crise sanitaire a dévoilé au grand jour les faibles rémunérations de nombreuses catégories de salariés et salariées indispensables à la vie du pays. De nombreux agents publics sont concernés comme les aides-soignantes, les infirmières, les agents de catégories B et C des collectivités territoriales ou encore des agents non titulaires. Ils rejoignent les personnels enseignants dont chacun reconnaît la faiblesse des rémunérations au regard des comparaisons internationales.


Des salaires toujours en berne

Véritable leitmotiv depuis de trop nombreuses années, le « il faut baisser la dépense publique » a conduit les gouvernements successifs à supprimer des milliers d’emplois dans la Fonction publique et à rogner le salaire de ses agents.

Depuis 2010, la valeur du point d’indice, seul levier de revalorisation de l’ensemble des agents est gelée, mise à part une légère augmentation de 0,6 % en 2016 puis 0,6 % en 2017. Dans le même temps, l’inflation a poursuivi sa progression, ce qui a entraîné une baisse du pouvoir d’achat des agents publics de plus de 10%. S’y ajoute la hausse continue des cotisations retraite, conséquence des réformes de 2010 et 2014. C’est donc plus d’un mois de salaire manquant chaque année par rapport à 2010.

Des salaires toujours bas dans le premier degré

- Des inégalités par rapport aux autres fonctionnaires

Pourtant classés en catégorie A, les enseignantes et enseignants perçoivent des rémunérations très inférieures aux cadres de la Fonction publique et du secteur privé. En raison d’indemnités qui constituent plus de 30% de leur rémunération, certaines catégories d’agents classées en catégorie B ont une rémunération équivalente voire supérieure à celle de PE.


Source : Rapport annuel de la fonction publique 2019

- Les profs des écoles sous-payés en France

Le rapport de l’OCDE 2020 paru mi-septembre vient confirmer, le déclassement salarial des enseignants français avec 18 % de moins que la moyenne de leurs homologues des pays de l’OCDE. Entre 2005 et 2019, les salaires des enseignants ayant 15 ans d’expérience ont augmenté en moyenne de 5 % à 7 % aux niveaux primaire et secondaire dans les pays de l’OCDE. En France, malgré un nombre d’heures et des effectifs plus importants, les salaires des enseignants à ces niveaux ont baissé de 2 % à 5 % sur cette période selon l’Insee.


Les propositions du ministère bien en deçà des besoins

Deux réunions ont eu lieu dans le cadre de l’agenda social concernant la prime d’équipement et la revalorisation des enseignant-es. La prochaine, qui se déroulera lundi 19 octobre, sera conclusive pour la revalorisation de l’année 2021.

Le 13 octobre a eu lieu une réunion sur la revalorisation des enseignant-es. Le débat a porté sur la répartition de l’enveloppe des 400 millions d’euros pour 2021 (500 millions en année pleine). Un plan pluriannuel sera discuté dans le cadre du Grenelle de l’éducation qui doit être ouvert par le ministre la semaine prochaine.

Pour la FSU, les enseignant-es attendent une véritable revalorisation, pour toutes et tous, qui permettrait de réduire les écarts de rémunération avec leurs homologues européens et rattrape la perte d’un mois de salaire par an engendrée par le gel du point d’indice instauré en 2010 sous la sarkozie, supprimé temporairement en 2016/2017 sous la hollandie puis réintroduit en 2018 sous la macronie.

L’enveloppe proposée pour 2021 ne peut être qu’une première étape, très modeste au regard de l’objectif à atteindre, de cette revalorisation. Lors des premières réunions sur ce sujet, en début d’année scolaire 2020, la FSU avait dénoncé le fait que l’enveloppe donnerait lieu à contrepartie (formation sur le temps de travail, remplacement court dans le 2nd degré). La FSU acte positivement la disparition de ces éléments pour 2021 mais restera vigilante sur les propositions qui seront faites lors du Grenelle de l’éducation.

- Prime d’attractivité

Cette prime voulue par le ministère pour renforcer l’attractivité du métier en début de carrière sans revoir la grille indiciaire serait de 260 millions d’euros en année pleine. Elle serait dégressive et pourrait être mise en œuvre à partir du mois de mai 2021. Elle serait proratisée en fonction de la quotité de travail.

Pour les enseignant-es et les psyEN quatre scénarios sont présentés :

    • Du 2ème au 5ème échelon, de 135€ à 61€ mensuels nets (concerne 14% des enseignant-es) ;
    • Du 2ème au 6ème échelon, de 121€ à 36€ mensuels nets (concerne 22% des enseignant-es) ;
    • Du 2ème au 7ème échelon, de 100€ à 36€ mensuels nets (concerne 31% des enseignant-es) ;
    • Du 2ème au 8ème échelon, de 93€ à 14€ mensuels nets (concerne 42% des enseignant-es).

Pour les contractuel-les (enseignant-es, psy-EN) une revalorisation forfaitaire est envisagée (entre 600 et 800 € par an et en fonction des scénarios).

La FSU a dénoncé le fait que cette prime ne concerne pas les stagiaires ainsi que la modalité choisie, une prime et non une revalorisation de la grille indiciaire. Sur la différence du montant de la prime d’attractivité entre les PE, certifié-es et agrégé-es (dans les scénarios 2, 3 et 4), le SNUipp-FSU a rappelé que résorber les différences de salaire entre PE et certifié-es pourrait passer par le doublement de l’ISAE ou un taux d’accès plus favorable à la hors-classe.

- Prime d’équipement informatique

Alors que le ministre avait annoncé une prime d’équipement pour les professeurs à l’horizon 2021, une première réunion avait eu lieu le 29 septembre pour faire un état des lieux de l’équipement de l’ensemble des personnels de l’Education nationale.

Cet état des lieux reconnaît que les enseignant-es du premier degré sont contraints d’utiliser leur matériel personnel tant pour préparer les cours que pour travailler à distance.

La FSU y est intervenue pour rappeler que les besoins en termes d’équipement professionnel des enseignant-es et des AESH ne sont pas liés à la crise sanitaire. Il s’agit bien sûr d’équipement informatique mais aussi de connexion internet, de maintenance, des consommables, des manuels, livres et autres matériels pédagogiques.

Par ailleurs, elle a exigé que le financement repose sur le ministère et non sur les collectivités territoriales car cela engendrerait des différences de traitement.

La FSU a affirmé que pour les enseignant-es ce ne devait pas être une dotation de matériel (comme pour les personnels administratifs) mais une indemnité, permettant le libre choix du matériel. En ce qui concerne les AESH, une dotation de matériel pourrait être plus appropriée au regard de leur faible niveau de rémunération.

Lors de la réunion du 13 octobre le ministère a proposé une enveloppe de 178 millions d’euros en année pleine pour instaurer une prime d’équipement informatique où 150€ nets par an seraient versés aux enseignant-es titulaires devant classe en début d’année civile 2021 (février/mars).

La FSU a interrogé le ministère sur les personnels concernés, les AESH, psyEN, RASED, CPE, documentalistes en seraient écartés ce qui n’est pas acceptable. Elle a souligné que le montant de la prime est largement insuffisant pour acquérir ou renouveler un équipement informatique, même en cumulant sur trois ans et a rappelé que le matériel professionnel des enseignant-es inclut aussi des manuels, des livres, des outils pédagogiques, des consommables… Pour le SNUipp-FSU cette allocation annuelle devrait être de 500 €.

- Mesures catégorielles

L’enveloppe consacrée serait de 45 millions d’euros en année pleine et ces mesures porteront sur la direction d’école et sur les personnels de direction. Elles seront précisées lors de discussions à venir.

- Taux de promotion à la hors classe

Avec 11 millions d’euros en année pleine cela permettrait une augmentation du taux de promotion à la hors classe à 18% (17% aujourd’hui) soit 1 700 promotions supplémentaires pour l’ensemble des enseignant-es.

La FSU a acté positivement l’augmentation du taux de promotion à la hors classe. Cela aura également un intérêt pour le 1er degré afin de renforcer le nombre de promouvables à la classe exceptionnelle. Elle a aussi rappelé la nécessité de retravailler sur la classe exceptionnelle, notamment les ratios entre les viviers.


CONCLUSION : Qu’attendre d’un grenelle des enseignants ?

Guillaume DUVAL, économiste et ancien journaliste à Alternatives Économiques nous apporte quelques éléments de réponse.

Malheureusement sans doute pas grand-chose dans la mesure où ce gouvernement n’a pas fait preuve jusqu’ici d’une réelle volonté de négociation avec les représentants des salariés. Par ailleurs, il ne semble pas acquis que, sur le plan budgétaire, les moyens puissent être réunis pour une revalorisation significative des rémunérations des enseignants.

Les possibilités existeraient dans la mesure où dans le contexte du Covid-19 beaucoup des contraintes habituelles pesant sur les finances publiques sont levées. Mais la volonté du gouvernement de limiter les dépenses salariales semble maintenue contre vents et marées. Le gouvernement dit vouloir associer revalorisation du salaire et redéfinition du métier d’enseignant. Ce qui risque fort de signifier un certain nombre de contreparties.

Les écarts de rémunération sont importants entre la France et les pays d’Europe comparables. Cet écart résulte pour partie des politiques menées avec continuité depuis une vingtaine d’années pour limiter fortement la hausse des salaires du public en France. Une politique menée de façon plus dure et plus continue que chez nos voisins. Mais cela résulte aussi d’une sous-estimation sociale du rôle et de l’importance de l’éducation pour la petite enfance et l’enfance.

On subit en France dans beaucoup de domaines les effets d’une surestimation du rôle des formations d’excellence de l’enseignement supérieur, en particulier parce que les élites du pays sortent de ce moule. On constate pourtant que les pays qui s’en sortent le mieux, à la fois en termes de dynamisme économique et de cohésion sociale, sont ceux qui investissent d’abord dans le domaine de l’enfance.

En 1995, les dépenses d’éducation représentaient 5,8 du PIB du pays. Depuis lors, ce ratio n’a quasiment jamais cessé de baisser et en 2018, ces dépenses ne pesaient plus que 5,1 % du PIB. Si on ramène la part des dépenses d’éducation dans le PIB à son niveau de 1995, cela implique de dépenser chaque année 16 milliards de plus. Cependant, ces dépenses ne sont pas uniquement affectées aux salaires : pour ceux-ci, il faudrait prévoir de l’ordre de 12 à 13 milliards par an.

On est donc loin du compte !

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