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Proposition de loi "créant la fonction de directeur" : ça suffit !

vendredi 15 mai 2020

Comme beaucoup de sujets en ce moment, en particulier sur les droits des salarié.es, la crise sanitaire est l’occasion rêvée d’avancer vite.
A l’instar des propos de Blanquer qui n’a de cesse d’accélérer son projet d’une nouvelle école, individualisée pour les élèves et "managée" pour les personnels, ce projet de loi (déposé le 12 mai 2020) est sans surprise mais prend appui sur l’engagement des directeurs et directrice d’école en ce moment, en les considérant comme des chefs d’établissement les mieux à même de prendre les meilleurs décisions locales.
Sous-couvert de l’originalité rappelée du système français qui n’a pas de chefs d’établissement dans le 1er degré, c’est un moyen d’institutionnaliser la territorialisation de l’éducation nationale déjà bien engagée, particulièrement depuis la réforme des rythmes scolaires, et avec les pouvoirs croissants donnés aux recteurs-trices, qui s’affranchissent bien souvent des consignes de la rue de Grenelle.
Ce projet de loi brosse dans le sens du poil :

  • Affirmation des "missions essentielles du directeur d’école",
  • "Tel un chef d’orchestre il met en musique la partition de chacun pour créer une symphonie harmonieuse où chacun peut s’épanouir."
  • "Les directeurs ne sont plus chargés des activités pédagogiques complémentaires (APC)."
  • "Pour les directeurs d’écoles de plus de 8 classes, il est précisé qu’ils ne sont plus en charge de classe."
  • "une bonification indemnitaire leur est attribuée ainsi qu’un avancement de carrière spécifique en favorisant une progression de carrière accélérée, en dehors des contingents réservés aux enseignants."

Quelques enjeux importants relevés en lecture rapide :

  • "le directeur est décisionnaire lors des débats qu’il organise pour assurer le bon fonctionnement de l’école sur le plan pédagogique comme sur celui de la vie de l’école"
  • "il a autorité pour prendre des décisions en lien avec ses différentes missions ainsi que sur les personnels qui sont sous sa responsabilité durant le temps scolaire, sans en être le responsable hiérarchique". Le projet de texte précise : "Il est délégataire de l’autorité académique pour le bon fonctionnement de l’école dont il a la direction.", autrement dit, il change de camp, il passe du côté de l’Administration.
  • une phrase étonnante, en lien avec le contexte actuel ? "en cas de graves dysfonctionnements de son établissement ou de mise en danger des personnes, il peut prendre toutes dispositions nécessaires pour rétablir le bon fonctionnement et la sécurité des biens et des personnes"
  • l’article 2 crée un "emploi fonctionnel pour les directeurs d’école. Ainsi, sans changer de corps, il est reconnu la spécificité de leurs missions et responsabilités."
  • "Une feuille de route sera donc établie au niveau national, encadrant la fonction selon les missions stipulées dans le référentiel métier publié au BO de décembre 2014. Cette feuille de route pourra, par exemple, être personnalisée par le DASEN pour tenir compte des compétences du directeur, des spécificités du poste, du projet d’école ou encore des particularités territoriales." en clair : généralisation des postes à profil pour la direction d’école.
  • "Dans les écoles de 8 classes et plus, le directeur n’est pas chargé de classe. Il participe à l’encadrement du système éducatif et aux actions d’éducation et peut donc se voir confier d’autres fonctions concourant à l’exécution du service public d’éducation. En fonction de la feuille de route définissant l’emploi fonctionnel, il peut être chargé de missions d’enseignement, d’accompagnement, de formation ou de coordination, lorsque sa mission de direction n’est pas à temps plein." [...] (pôles inclusifs d’accompagnement localisés (PIAL), réseaux d’éducation prioritaire (REP), Réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP renforcé), regroupement pédagogique intercommunal (RPI))."

Enfin, seule réponse apportée pour

  • l’aide à la direction : il est proposé aux "communes ou communautés de communes ayant la compétence scolaire de mettre à disposition du directeur d’école une aide de conciergerie ou une aide administrative, en fonction des besoins exprimés par le conseil d’école."
  • l’allègement des tâches : lors des élections des représentants des parents d’élèves, "les représentants d’une liste unique [seront] élus directement sans organisation ni matérielle ni par correspondance des élections."
  • l’allègement des responsabilités : le "PPMS ne doit pas être supprimé mais pris en charge par des personnels compétents en matière de sécurité. L’écriture du PPMS et la lourdeur administrative qui l’accompagne sont devenues une charge très lourde dans le quotidien du directeur d’école, tant sur le plan administratif qu’en terme de responsabilité."

Et surtout aucune réponse aux école à taille humaine, qui laissent craindre qu’elles sont vouées à disparaitre à moyen terme avec un serpent de mer issu de "l’ancien monde" dont le nom évolue mais pas le concept : EPEP, établissement des savoirs fondamentaux...

Un chantier de plus qui se rouvre. Mais le contexte actuel est pour nous une formidable occasion de rappeler partout que l’absence de statut ou d’emploi fonctionnel pour les directeurs-rices d’écoles est protecteur pour eux/elles. Si ils/elles ont une charge de travail très importante dans la période, contrairement aux chefs d’établissement ou aux IEN, ils/elles n’ont pas les mêmes responsabilités. C’est bien ce qui ennuie nos gouvernants et qui nous permet de montrer pourquoi ça ne revient pas par hasard en ce moment.

Pierre du SNUipp-FSU 85

Un extrait d’article à lire sur le café pédagogique :

La crise du Covid 19 est un révélateur. Elle montre qu’à l’école primaire, on marche sur la tête depuis des années, en misant sur l’autonomie de l’école, qui n’en a en fait aucune dans les textes, et sur les responsabilités accrues d’une directrice ou d’un directeur qui ne peut compter que sur son engagement, ses compétences et son charisme pour piloter ses collègues. La coupe est pleine. Il n’y a pas si longtemps que cela, une directrice mettait dramatiquement fin à ses jours, rappelons-nous-en. Le système actuel est à bout de souffle. Tout doit changer, vite, à tous les niveaux, bouleversant une organisation vieille de plus d’un siècle, remettant en cause un management plus récent et renvoyant un ministre dépassé. C’est à ce prix que le président de la République montrera, pour le « monde d’après », qu’il a vraiment retenu la leçon du Covid 19.

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